L'inventaire d'un château en 1718...

Publié le par Mme STAUNER

Nota: l'orthographe est celle de l'époque...

"Inventaire des meubles et objets contenus dans l’ancien Chastel de Douzon, fait à la réquisition de Monsieur le Président du Buysson, en 1718.

 

Le 13 octobre 1718, moy Gilbert Chartier, notaire royal à Ussel, me suis transporté au chasteau de Douzon, où s’est présenté Messire Philibert du Buysson, escuyer, seigneur de Mons, Conseiller du Roy, Président et lieutenant particulier en la Sénéchaussée de Bourbonnais et Présidial de Moulins, qui m’a dit qu’il désirait faire continuer à procéder à l’inventaire dissolutif de la Communauté de biens qui existait entre luy et défuncte Dame Jeanne-Marie Audier d’Arfeuilles, son épouse, décédée depuis plus d’un an en la ville de Moulins.

 

L’inventaire fut fait au profit de François-Sénétaire Dubuisson, son fils, mineur, héritier de la défuncte Dame Darpheuille, sa mère, en présence de Messire François-Sénétaire de Dreuille, escuyer, seigneur du Chésy, parrain et curateur du mineur ; et, pour l’estimation des meubles et effets, de M.M. Jean Doyen, bourgeois de la ville de Charroux et Claude Bougarel, sieur de la Motte, habitant de Saint-Germain de Salles.

 

Premièrement, le seigneur de Mont nous a présenté huit pièces de tapisserie sur l’histoire de Céladon[1], dans la grande salle du chasteau avec un bureau, une table, une meschante armoire à quatre volets, une petite table de bois de noyer, un mauvais fauteuil garny de morseaux de vieulx ouvrages ; une fontaine avec une cuvette d’estain, deux guéridons de bois de noyer, douze chaises à pailles, deux vieulx pieds de chenez, des pincettes et une pelle à feu, placés dans la grande cheminée, une autre vieille armoire à quatre vollets, tous les dits meubles, situés dans la grande salle, estimés à 210 livres.

 

Plus dans une chambre à costé de la dite salle, il s’est trouvé deux lits à la duchesse[2] garnis de coustres, cussin, trois matelas, deux paillasses, deux couvertures blanches à mis usées, deux courtes pointes de toile peinte, garniture d’étoffe de ménage garnie de rubans bleus, une armoire à deux battants, une mauvaise table, six chaises tapissées de vieilles pièces, six chaises de paille et sept pièces de mauvaise tapisserie de bergame[3]. Estimé le tout, par les appréciateurs à la somme de 246 livres.

 

Plus dans une petite chambre quy regarde dans la bassecour, il s’est trouvé un lit d’étoffe de ménage tout garni ; un mauvais fauteuil sans garniture ; cinq chaises de paille, quatre mauvais pans de futaine[4] en tapisserie toute brisée ; une petite table de sapin, un alamby a tirer de l’eau de vie de cuivre rouge ; une vieille armoire à quatre vollets et deux petits chenez. Estimés à 130 livres.

 

Plus dans une autre chambre appelée la « Chambre jaune » il s’est trouvé un challit sans lit dessus : trois vieulx coffres, deux armoires de bois de cerizier sans façon, une mauvaise table et un petit lit de camp fort mauvais. Estimés à 60 livres.

 

Plus dans une autre chambre haulte à costé de la chapelle, il s’est trouvé deux petits lits garnis, l’un aux garnitures de vieille tapisserie de pièces rassemblées ; l’autre d’étoffe de ménage toute usée ; deux chaises de bois, trois de baille ; une petite table ronde fort vieille et deux petits coffres fort vieulx. Estimés à 72 livres.

 

Plus dans un cabinet à costé de ladite chambre s’est trouvé un bois de lit. Estimé à 6 livres.

 

Plus dans la boulangerie (la chambre du four) s’est trouvé un vieulx coffre à tenir de la farine et une maie à pétrir du pain. Estimé à 6 livres.

 

Plus dans une petite chambre où couchent les servantes, il s’est trouvé deux mauvaises couchettes, trois mauvais lits de plumes, deux vieilles couvertures blanches fort uzées et une autre de toile peinte et deux vieulx coffres. Estimés à 50 livres.

 

Et estant montés à la Tour, il s’est trouvé dans la première chambre, un bois de lit avec une vieille paillasse, une petite couchette avec un mauvais lit, un vieulx matelas et une couverture jaune fort uzée ; un petit lit avec un matelas, une vieille garniture noire toute rompue ; une petite table ; six chaizes à paille et deux chaizes à bras garnies de toile et deux vieulx chenets dans la cheminée. Le tout apprécié 99 livres.

 

Puis estant revenus dans la cuisine, il s’est trouvé dans l’âtre deux crémaillères, deux rateaux, de chenez, deux broches à rotir, deux porte broches, une pelle à feu, un grille, un trépied, une cuillère à pot-de-fer et deux friquets, deux poilles, un poillon, un coquemar[5], un lèchefrite, deux casserolles, trois tourtières qui n’ont qu’un couvercle, deux bassinoires, quatre chaudières, deux à tenir chascune deux sceaulx et les autres deux chacune un seau ; un petit chaudron, une poissonnière, une passoire, un petit pot de fer, une bassine de cuivre à faire les confiture, une maie à pétrir le pain, une table foncée, une autre mauvaise table et un mauvais buffet. Estimé à 85 livres.

 

Plus s’est trouvé 125 livres d’estaing commung en plats, assiettes, cuillères, une pinte et une chopine. Appréciés 62 livres.

 

Plus on fit l’ouverture des armoires et des coffres dans lesquels il s’est trouvé entre autres : 106 haulnes de toile blanche, 50 draps de toile de lin et 19 gros draps, moitié lin et moitié estoupe, 14 nappes fines, 4 nappes de cuisine, 12 douzaines de serviettes fines et 7 douzaines de serviettes en toile ou cordillat.

 

Ensuite on alla mesurer et estimer les grains qui se trouvaient « dans le grenier de dessus le pressoir » puis dans un autre grenier de dessus la maison du vigneron… dans le grand grenier au dessus du précédent… et encore dans le grenier au dessous du Colombier, etc…

 

Dans les caves se trouvaient seize pièces de vin vieulx, rouge et gris, et 90 pièces de vin nouveau.

 

Il s’est trouvé dans le cuvage, neuf cuves à tenir neuf cents pièces de vin, avec un petit pressoir.

 

Les granges, écuries et la basse-cour furent également visitées.

 

Puis le seigneur Dubuysson déclara avoir fait transporter en son château de Mons, divers meubles et objets qui appartenaient à la seigneurie de Douzon et d’y avoir fait 29 pièces de vin blanc, 12 pièces de rouge et 3 de gris. Plus 10 pièces encore de vin  blanc dans son vignoble de Bayet.

 

Enfin, le président du Buysson déclara avoir plusieurs créances contre les sieurs Barthon de Massenon et que tous les meubles et objets inventoriés ci-dessus appartenaient bien au chastel de Douzon, lesquels se sont trouvés valoir la somme de 4 826 livres".

 

 


 

 

Ce château féodal, bâti au XIVe siècle par les d’Avenières, occupait à peu près la même place que l’actuel château. De plan rectangulaire, il s’élevait sur les immenses caves qui ont été conservées sous l’édifice actuel, dont les murs fondations très épais datent du XIVe siècle.

 

Il comportait un vaste rez-de-chaussée où étaient la grande salle, la cuisine, la chambre du four et plusieurs chambres à coucher citées dans l’inventaire, plus un étage avec chambres hautes, dont une joignait la chapelle comportant une cloche fondue en 1574 pour Jehan de La Bussière, et les greniers.

 

Une grande muraille fortifiée entourait le château délimitant la cour intérieure pù étaient les communs, écuries, cuvage, pressoir et maisons de travailleurs. Au sud, l’enceinte réunissait la grosse tour ronde colombier à boulins, qui était accolée à une maison de gardiens-jardiniers (cadastre de 1836), à la tourelle (sise bord de route 1856) puis au célèbre donjon de Douzon, grande tour de plan barlong, haute de quatre étages qui se dresse majestueusement, dominant de fort loin la plaine et les bois.

 

L’ancien « chastel-fort de Douzon » qui existait encore le 3 août 1721, aurait été détruit par un incendie vers 1723. En 1730, François-Sénétaire du Buisson, fait venir de Paris l’architecte Clément à l’effet d’établir les plans, maison et jardin, d’une nouvelle résidence déjà ébauchée avec son père, à construire à la place de l’ancien château. Deux ans après, les travaux commencés furent interrompus, par défaut de livraison de matériaux. Le château est finalement terminé en 1733.

 



[1] Personnage de l’Astrée d’Honoré d’Urfé, amant langoureux et timide.

[2] Lits à baldaquin

[3] Tapisserie très ordinaire fabriquée à Bergame, en Italie.

[4] Etoffe pelucheuse de fil et de coton.

[5] Bouilloire à anse

Publié dans 4e

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Benoit Denizon 10/03/2009 21:35

Je reste bouche bée devant votre blog. Ces arcticles sont très interessants et en lisant celui-ci j'ai été tres impressionné de ce qui a pu avoir lieu a Gannat.

Mme STAUNER 11/03/2009 13:27


Merci Benoît. A bientôt! J'ai trouvé ce que tu m'as demandé...