L’HIVER DE 1709 EN BOURBONNAIS (Molinet)

Publié le par Mme STAUNER

 

Molinet, canton de Dompierre-sur-Besbre, Allier

 

« L’an 1709, le 6 de janvier, jour des Rois, après une pluie de 15 jours, il fit un vent si froid et si violent qu’en moins de deux heures tous les chemins et ruisseaux portaient ; le lendemain, 7 dudit mois, le vent et le froid étaient si grands que personne ne pouvait aller en campagne. Ce temps dura six semaines avec une froidure inouïe ; il fit ensuite un peu de neige.

 

« Tous les noyers, cerisiers, pommiers, poiriers, pêchers, vignes, pruniers, blés, froments, cives, pourreaux, persils, enfin toutes sortes d’arbres et de racines furent gelés ; il n’y eut pas une cave où il ne gelât.

 

« Les bestiaux comme brebis, moutons, cochons, taureaux et plusieurs autres mouraient ; il ne resta pas un grain de blé ni de froment sur terre. On fut contraint de semer sur les terres auparavant ensemencés de blé ou froment, des orges, sarrazins ou légumes. Le boisseau d’orge valut huit livres, et le boisseau de sarrazin [mesure de 28 livres] valut dix livres. On ne pouvait avoir du seigle d’aucun grenier ; les peuples se l’arrachaient les uns les autres et s’entretuaient pour avoir du pain […]

 

« Les peuples mouraient de faim de tous côtés. Cette année l’hiver se reprit en quatre fois différentes et fut aussi rude à la fin comme au commencement […]

 

« Nous avons, cette année funeste, les guerres, la famine, les maladies et la mort qui estreint tous les pauvres peuples, dont la plupart  ont abandonné leurs meix pour aller chercher du pain et son morts dans leurs voyages, grands et petits. Personne ne fut exempt de la famine et de la rigueur du temps. Dieu nous préserve par sa saincte miséricorde d’une semblable année et telle misère !

 

« Les charges et impositions excessives qui étaient sur les paroisses du Bourbonnais, les temps si rudes par les guerres et les maladies et la famine, la grande rareté d’argent pour les pauvres, ont fait que cette année, tous les habitants de Molinet, ou sont morts ou ont quitté la paroisse pour aller chercher du pain ailleurs, pour éviter aux charges et aux sergents des tailles, et n’ont pas laissé dans la paroisse ni bœufs, ni vaches, ni moutons, ni chèvres, ni pourceaux, et l’on n’a pu semer en toute la paroisse que 10 à 12 bichets de bled [8 hectolitres]. Les vignes sont demeurées sans culture faute d’hommes pour les travailler, les terres aussi. Dieu soit béni ! […]

 

Les pauvres peuples ont tout vendu ce qu’ils avaient, pour avoir quelques pains d’orge ou de sarrazin. On a mangé les charognes mortes depuis 15 jours, les femmes ont étouffé leurs enfants de crainte de les nourrir ; les chiens, les chats, les rats aveint été dévorés. Aux fêtes de Pâques 1710, il n’y eut que 46 communiants ».

 

A.   de LAGUERENNE, « La famine de 1709 dans le Val de Loire »,

Bull. Soc. Emul Allier, cité par Marcel LACHIVER,
Les années de misère, la famine au temps du Grand Roi,

Paris, Fayard, 1991, p. 517-518.

 

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