LA CRISE DES ANNEES 1692-1694 EN BERRY

Publié le par Mme STAUNER

Neuilly-en-Sancerre, canton d’Henrichemont, Cher

 

« Nota que la présente année 1692 a esté bien trompeuse. Elle promettoit beaucoup en son commencement et on espéroit faire une très bonne récolte qui estoit fort nécessaire pour le menu peuple, qui estoit dans une grande indigence, mais les pluyes presque continuelles avoient tellement remply la campagne d’herbes que plusieurs laboureurs ont esté contraints, en ce païs de faucher leurs fromens, ne pouvant les recueillir autrement, accausse de la multitude des herbes qui avoient aussy tellement étouffé les petits bleds qu’on a esté contraint de les faucher à faux nue et de les mettre à cachons comme du foin ; beaucoup ont été amassés de la sorte. Encore a-t-on fait moissons près d’un mois plus tard que de coutume, ces pluyes trop fréquentes empêchans les bleds de venir en maturité ; ce qui obligea Monseigneur notre archevesque d’ordonner dans tout le diocèse les prières publiques des quarante heures, qui se firent pendant près de trois mois, sans parler des autres prières et processions qu’on avoit fait auparavant dans toutes les paroisses pour détourner ce fléau de la colère de Dieu justement irritée. Tous les fruits de la terre se sont sentis du mauvais temps car, outre [qu’] on en a eu en très petite quantité […], ils ne valloient pas grand-chose. Les vignes ne firent paroître leurs raisins que fort tard et elle promettoient néanmoins tant de vin qu’on s’étonnoit et se mettoit en peine où on pourroit le mettre, mais on fut bientôt délivré de cette peine car, lorsqu’elles feurent en fleu, les pluyes fort froides et les brouillards les gastèrent tellement qu’il ne resta pas un quart des raisins qui parroissoient auparavant, et encore ce peu quirestoit fut sujet à tant d’impéries [sic] et fut tellement gasté par une gelée qui arriva le onziesme du susdit mois d’octobre, suivie d’abondance de neige qui tomba le même [jour] quils nont jamais veu de si pauvres vendanges, ny de vins si mal conditionnés, ce qui fait que le vin vieil est bien recherché et se vend bien cher »

 

AD Cher, E suppl. t. IV

Cité par Marcel LACHIVER, Les années de misère,

la famine au temps du Grand Roi,

Paris, Fayard, 1991, p. 490.

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