LA HAUSSE DU PRIX DU PETROLE EST-ELLE A L'ORIGINE DE LA CRISE?

Publié le par Mme STAUNER

Jacques MARSEILLE

« La hausse du prix du pétrole est-elle à l’origine de la crise ? »

L’Histoire n° 215, novembre 1997

 

 

La hausse brutale du prix du pétrole – de 3$ le baril à 11,65$ - consécutive à la guerre du Kippour d’octobre 1973 semble responsable de la rupture de 1974 : la courbe de la production industrielle est alors brisée dans l’ensemble des pays industrialisés.  Ainsi de 1973 à 1974, les pays de l’OCDE passent d’un excédent de 5 milliards de dollars à un déficit de 33 milliards. Le déficit des PVD (hors les pays de l’OPEP) passe quant à lui de 6 à 24 milliards de dollars. Pour tous les pays dont la consommation d’énergie dépendait à près de 60% du pétrole, cette hausse des prix a bien provoqué une « crise » économique.

 

En 1974-1975, pour l’ensemble des pays de l’OCDE, le PIB recule de 0,5% en moyenne, puis de 0,3% en 1982, après le second choc pétrolier. En France, les salaires nominaux poursuivent leur progression tandis que l’excédent but d’exploitation (EBE), qui mesure le profit des entreprises, se dégrade fortement. Les entreprises les plus affectées par la dégradation de leur rentabilité amplifient les conséquences du choc pétrolier. En 1975, la durée moyenne du chômage dans les pays de l’OCDE dépasse 17 semaines, contre 7,5 semaines en 1968. « On peut se demander si les politiques divergentes des pays industrialisés pour résorber leurs déficits extérieurs, combattre l’inflation et prendre en charge les premiers coûts sociaux de la crise ne sont pas à l’origine des déséquilibres durables qui distinguent aujourd’hui pays « forts » et pays « faibles » dans la lutte engagée contre la « crise » ». Au Japon, l’inflation grimpe à 21% en 1974, les coûts salariaux sont maintenus et le contrôle des changes est assoupli. En Allemagne, la modération salariale et la priorité accordée aux excédents extérieurs ont favorisé le mark et soutenu les entreprises exportatrices (inflation : 7,1 en 1974 ; 3% en 1977-78). En France, le taux de croissance et les niveaux de rémunération se maintiennent à un niveau élevé, ce qui permet de financer une protection sociale étendue plutôt que freiner la hausse des salaires pour mieux servir l’emploi.

 

Jean Bouvier affirme en septembre 1979 qu’un nombre important de variables économiques s’étaient mises « au rouge » entre 1970 et 1973, avant le premier choc pétrolier : accélération de la hausse des prix, du chômage, de l’endettement des entreprises industrielles, ralentissement de l’investissement, baisse des taux de profit. Même si le prix du pétrole n’avait pas quadruplé, le taux de croissance du PIB français serait passé de 7,7% en 1973 à 2,6% en 1977, le nombre de chômeurs serait passé de 440 000 en 1973 à 971 000 en 1977.

 

Le 2 Février 1971, le Club du Nouvel Observateur organise un débat autour de la « crise des sociétés industrielles » : l’idée défendue est que le capitalisme était devenu « irrationnel » dans sa manière de distribuer les ressources et les produits. Les besoins fondamentaux étant pour l’essentiel satisfaits, le système économique dominant est condamné à fabriquer et vendre, à grand renfort de publicité, des produits inutiles ou dangereux comme les cigarettes ou les avions supersoniques…

 

Depuis les années 80, « attentifs au niveau de leur épargne, à leur santé, à leur patrimoine, à leur sécurité, les ménages « mûrs » se sont adaptés à cette croissance faible, ont privilégié les voies du bonheur « privé » à celles de l’intérêt « public »  et préféré la richesse acquise à l’anticipation risquée. Pourquoi construire logements, bureaux, écoles quand tant de places vont bientôt être libérées par la mort ou les non-naissances ? Notre « croissance dépressive » est aussi celle d’une génération qui a largement profité des Trente Glorieuses et qui, devenu fourmi, en capitalise les acquis ».

(Compte-rendu par Mme STAUNER)

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