90e anniversaire de l'armistice du 11 novembre 1918

Publié le par Mme STAUNER

Pour commémorer cet anniversaire, avec l'accord de M.Dujardin (principal du collège Joseph HENNEQUIN de Gannat (Allier)), j'ai souhaité mettre en place, dans le hall du collège, une exposition fondée sur la presse de l'époque, essentiellement Le Miroir et Le Petit Echo de la Mode, provenant exclusivement de ma collection personnelle. Ces documents étant trop fragiles pour être manipulés par les élèves, j'ai donc choisi de les photographier et d'en proposer une sélection. Cette exposition sera complétée par des travaux d'élèves  (diaporama) et de nombreux objets "poilus" collectionnés par mes collègues.

Cette exposition est destinée à proposer aux visiteurs une lecture un peu différente de celle généralement adoptée par les manuels scolaires.  A partir des documents photographiques publiés par Le Miroir, elle rappelle aussi bien les horreurs de la guerre que les petites joies dont savent profiter les "poilus". L'évolution du matériel de guerre, les situations humoristiques voire burlesques ne sont pas non plus absentes.  Le "bourrage de crâne" grossier sur lequel s'appesantissent généralement les manuels scolaires est moins répandu qu'on ne l'affirme, en dehors des brochures de caricatures comme La Baïonnette. Il est en réalité plus subtil: chaque fois qu'une mauvaise nouvelle doit être portée à la connaissance du public, une "bonne nouvelle" (généralement des pertes importantes de l'ennemi ou des bombardements réussis sur des positions allemandes) est destinée à en diminuer l'impact négatif sur le moral des Français. Elle propose également des éclairages sur l'impact de la guerre dans d'autres régions d'Europe ou d'Asie. On découvre ainsi, par exemple,  au détour des pages du Miroir, les soldats et travailleurs chinois venus combattre ou travailler à la reconstruction aux côtés des Alliés en 1917 ou 1918, l'effort de guerre aux Etats-Unis ou le confort assuré aux troupes américaines comparées aux "gourbis" des Français ou des Anglais.

La presse féminine n'est pas en reste puisque, malgré l'interruption de l'automne 1914, elle renaît au début de 1915. L'image du soldat dans Le Petit Echo de la Mode répond sur un mode légèrement plus positif aux images publiées dans Le Miroir: le soldat blessé ou mutilé trouve affection et reconfort au sein de sa famille, les enfants participent à l'effort de guerre par la confection de vêtements au tricot pour les soldats par les petites filles, par le maniement d'armes fictives ou l'apprentissage des manoeuvres militaires par les garçons... Les plus jeunes se contentent de jouer avec des soldats de plomb et de petits drapeaux qui leur permettent de mettre en scène les informations que reçoivent les adultes. Pendant l'année 1916, la plus difficile peut-être de la guerre, celle de la bataille de la Somme et de Verdun, là où Le Miroir commence à montrer des photos dramatiques des soldats français, enlisés dans les tranchées, soumis à des bombardements de plus en plus intenses, l'image du soldat disparaît du Petit Echo de la Mode, seuls des articles au titre évocateur (le Jardin des âmes par exemple) continuent de soutenir le moral des femmes à l'arrière avec des conseils d'économie pratique. En 1917, le refus de la guerre, des restrictions et des privations, se manifeste de manière plus criante à l'arrière: alors que les tissus manquent, la mode est aux jupes et aux manteaux amples! L'incompréhension s'installe désormais entre le front et l'arrière, entre les combattants et les non-combattants, alors que la guerre s'enlise de plus en plus, jusqu'à l'arrivée des Américains à l'automne 1917. L'espérance de la fin de la guerre en 1918 réconcilie finalement le Petit Echo de la Mode avec l'armée, de nouveau valorisée dans sa lutte contre "l'oppression barbare".

La presse masculine d'information et la presse féminine plus légère ou plus frivole offrent deux visions concordantes et convergentes de la Première Guerre Mondiale, non exemptes toutefois de certaines déviances qu'on pourrait d'ailleurs retrouver dans la presse actuelle par souci de préserver la population des horreurs de la guerre, d'éviter tout affolement de nature à engendrer des mouvements de panique... Le Miroir n'avoue-t-il pas en 1919 avoir désormais l'autorisation d'imprimer certains clichés de guerre qu'il lui avait été interdit de publier auparavant pour ne pas froisser l'opinion publique ou ne pas divulguer des renseignements stratégiques susceptibles d'être utilisés par l'ennemi?

Si l'armistice du 18 novembre 1918 marque la fin de la Première Guerre mondiale, il ne signifie pas la fin des combats dans le reste de l'Europe: révolution bolchevique en Russie, révolution spartakiste en Allemagne entraînent toujours des affrontements entre factions... C'est surtout le début d'une douloureuse période de reconstruction après la mort de tant d'hommes jeunes, de tant de destructions, et la mise en place d'une société nouvelle en rupture complète avec la Belle Epoque d'avant guerre.


Voir dans les Albums photo:
- EXPO A : Le Miroir
- EXPO B : Le Petit Echo de la Mode

N.B.: Les photos sont classées chronologiquement, la date étant en format anglais (Année-Mois-Jour) pour permettre le classement automatique.

Publié dans 3e

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Christine 25/10/2008 18:07

Quel bon début, on attend la suite avec impatience! Bonne continuation!